José Blanchette exprime tellement bien le sujet de l’anxiété et de la peur, qu'en lisant sa chronique, je ne pouvais m’empêcher de la partager.
J’ai ajouté une trousse de médicaments (je devrais prévoir des Ativan) et un petit livre des pensées de Marc-Aurèle, entre deux barres tendres. Je suis prête pour la fin du monde… depuis 11 ans.
Je ne suis pas une survivaliste, qu’on se rassure, je fais de l’anxiété de façon épisodique. Parfois, elle est reliée à un événement particulier, parfois non. Les Anglos appellent ça de la free floating anxiety, de l’angoisse flottante, un sentiment d’oppression entre le ventre et la gorge, situé entre le malaise postmoderne et la « panique à bord » reptilienne.
Une personne sur quatre connaîtra un épisode anxieux intense au cours de son existence. Une sur 10 vit avec un trouble anxieux qui mine son quotidien, un problème plus répandu que la dépression.
La peur aiguise les sens. L’angoisse les paralyse.
Kurt Goldstein
Parfois, l’anxiété est reliée à un événement : la vie. Et lorsque les mauvaises nouvelles se disputent notre attention et minent notre sentiment de sécurité ici-bas, le niveau de l’eau monte dans l’anxiomètre.
Prenons au hasard deux ou trois ouragans destructeurs — Harvey, Irma et José —, un tremblement de terre de magnitude 8,2, des essais nucléaires pour se divertir le dimanche, un attentat terroriste à Barcelone, des manifestations violentes et antisémites, tout en fixant les poches sous les yeux d’Anderson Cooper à CNN. Les experts climatiques parlent de « nouvelle normalité », rien pour rassurer une éco-anxieuse.
Comme l’écrivait Cioran, ce grand optimiste : « Depuis des années, sans café, sans alcool, sans tabac ! Par bonheur, l’anxiété est là, qui remplace utilement les excitants les plus forts. »
Éco-anxieuse, mais je me soigne au champagne
La semaine dernière, on apprenait que 83 % des échantillons d’eau aux États-Unis (même dans la Trump Tower), en Inde ou en France contiennent des particules de plastique. L’air en contient, le sucre, le miel, l’eau en bouteille et les poissons, bien sûr. Pas le champagne.
L’activiste Erin Brockovich (incarnée par Julia Roberts dans le film éponyme) s’alarmait lundi, sur sa page Facebook, des résultats d’un rapport rendu public en avril par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, qui avait décelé du glyphosate (RoundUp) dans le tiers des aliments testés depuis deux ans.
Vous avez dit « cancer » ? Radio-Canada rapportait que le président de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement soupçonne aussi une résistance aux antibiotiques. Santé Canada estime que les risques sont minimes. Erin Brockovich doit être éco-anxieuse elle aussi.
L’anxiété est devenue pandémique, au point où les jeunes se passionnent pour le genre littéraire et cinématographique « dystopique », par opposition à l’« utopique », une époque révolue.
Depuis Hunger Games, la trilogie de Suzanne Collins qui a aussi fait succès au grand écran (quatre films), le genre apocalyptique permet à des hordes de jeunes de canaliser leurs peurs grâce à la catharsis.



